Marvel's Wolverine - Critique
Spectaculaire, mais le déluge de ref risque d’en laisser certains sur le carreau.
Après Marvel’s Spider-Man et Miles Morales et Spider-Man 2, Insomniac Games change de registre. Avec Marvel’s Wolverine, le studio délaisse l’agilité aérienne de Spidey en monde ouvert pour la brutalité instinctive de Logan. Un changement de ton séduisant, porté par une aventure solo plus sombre et un système de combat résolument agressif. Mais sous ses airs de fantasme ultime du mutant griffu, sublimé par une esthétique explosive et cinématographique, le jeu peine parfois à dépasser les codes de l’action-aventure moderne, voire même s'enlise dans une formule trop classique et linéaire.
Pire encore, son histoire relativement classique dans le fond est principalement portée par un festival de références qui, de mon regard de fan de l'univers, demeure bien trop peu exploité ou mal amené pour véritablement marquer le coup. Mais je garde également un oeil interrogatif quant à la future réception du public plus novice dans l'Univers de "Serval" ou plus globalement des X-Men tant ces références resteront pour beaucoup très brumeuses et peu ou pas assez expliqué
Résumer l'histoire de Wolverine sans spoiler comme un maboule... compliqué. Commençons avec le pitch du studio :
« Logan pensait en avoir fini avec Wolverine, mais son passé n’en avait pas fini avec lui. Trois ans après avoir quitté son équipe, Wolverine rejoint à nouveau la force d’intervention mutante Team X à son heure la plus sombre. Poussé par sa croyance fanatique en la supériorité humaine, Bolivar Trask enlève des mutants. Seul Wolverine a ce qu’il faut pour les sauver. Dans son combat pour l’avenir, il doit s’allier à d’autres mutants aux quatre coins du globe, dans des lieux comme le Canada et le Japon. Alors que le destin des humains et des mutants est en jeu, Logan sait que le monde a besoin d’un héros ; mais il devra se contenter de Wolverine. »
Voila ; nous sommes donc dans un monde où les mutants sont encore relativement secrets, mais suffisamment connus des "puissants" pour être traqués et persécutés. Vous vous doutez bien que ce pitch ne résume que le cuticule de ce que sera véritablement l'histoire de ce que ce Wolverine nous donnera pendant la quinzaine d'heures nécessaire pour arriver à son générique. Son combat contre Trask (que les fans de l'univers Marvel connaissent bien pour ses travaux en robotique) l'amènera à réfléchir aux véritables intentions de ses alliés et proches dans cette potentielle émergence des mutants. Il croisera la route de différents ennemis tels que Lady Deathstrike (et non pas Psylocke), qui le rapprochera par ailleurs de son propre passé. En effet, notre bon Logan a oublié son passé et l'une des trames de fond du titre se concentrera donc sur les origines de Wolverine. En cela, le titre joue sur deux histoires en même temps : celle de Wolvy et celle qui impacte le monde entier.
Wolverine est un déluge de références
Le scénario troque donc sa linéarité (nous y reviendrons) pour privilégier les confrontations spectaculaires et les dialogues dramatiques. L’ensemble fonctionne grâce à une interprétation convaincante de Logan et de ses alliés, mais l’écriture ne parvient pas toujours à atteindre la profondeur des meilleures histoires consacrées au personnage.
Malheureusement, ces deux histoires viennent parfois s'entrechoquer sans véritablement s'harmoniser, comme en témoigne l'intégration très maladroite de quêtes annexes durant notre progression, qui nous invitent à passer « la porte de notre subconscient » via les Portes Cauchemardesques en plein milieu de notre mission et à débloquer un fragment de lore du passé de Logan, une fois cette quête annexe accomplie (se résumant à finir un segment de plateforme ou à massacrer ou survivre à une palette d'ennemis). On se retrouve donc avec un premier ressenti étrange qui nous amène à nous questionner sur le véritable sujet du jeu. Est-ce pour comprendre le passé de Logan ou sauver les mutants ? Eh bien, les deux, car le final du titre recentre l'ensemble dans un ultime cliffhanger qui risque de perdre les novices de l'univers X-Men et de hérisser les poils des fans qui, eux, auront clairement senti le truc venir depuis quelques heures.
Car voilà le second, et à mon sens, plus gros souci : Wolverine est un déluge de références. Entendez-moi bien : tous les titres du genre, tels que les Arkham chez Batman ou même les précédents Spider-Man, jouent toujours la carte du clin d'œil et/ou de la référence dans leur production. Le problème est que l'histoire de Wolverine repose justement sur ces références. Nous n'allons pas énumérer les personnages non évoqués dans les bandes-annonces, mais si vous les avez regardées, vous savez déjà que des personnages tels que Jean Grey, Omega Red, Dents de Sabre, Trask, Lady Deathstrike ou encore Mystique y apparaissent.
Tant de personnages qui apparaîtront pour la plupart comme un cheveu sur la soupe, sans vous donner d'explications plus approfondies que celles fournies dans les codex du jeu. Comme stipulé dans le pitch du jeu, nous sommes face à un Logan qui « pensait en avoir fini avec Wolverine » et qui adopte donc un comportement très proche de celui d'un Solid Snake désabusé par son passé - mais quel passé ? En effet, Logan a perdu la mémoire et ne se souvient donc que très peu (pour son grand âge) de ce qu'il s'est passé quelques années avant d'intégrer la Team X. Cette situation crée de nombreux illogismes dans le comportement de Logan et dans la cohérence de l'histoire et de ses enjeux.

De plus, l'histoire globale demeure étrange dans sa propre trame ; certaines décisions ont des conséquences cataclysmiques alors que les mutants sont supposément encore très marginaux dans la société planétaire. Nous avons parfois l'impression d'être face à la suite d'un jeu auquel nous n'avons pas joué, ou pire encore, de parcourir un titre qui répond à une Check-list imposée, sans que l'équipe ait véritablement eu le temps de planifier chacun de ces objectifs sur le long terme - ou alors nous n'avons tout simplement pas LA vision du projet qui se dévoilera par la suite.
Insomniac a compris que Logan ne se résume pas à ses griffes
Wolverine enchaîne les scènes plus ou moins marquantes, sortant à chaque moment clef une nouvelle référence ou une nouvelle réécriture de la « grande » trame X-Men/Wolverine. Le titre réécrit certains enjeux de l'univers X-Men et y ajoute de nouvelles menaces plus importantes, sans pour autant régler les précédentes, ou justement en les anéantissant, comme si tout cela pouvait être réglé si facilement. Et si cet épisode signé Insomniac était une porte d'entrée pour de futurs X-Men, Wolverine risque d'avoir laissé un sacré bourbier à gérer pour les équipes scénaristiques dans les années à venir.
Insomniac a toutefois compris que Logan ne se résumait pas à ses griffes. Derrière la violence se cache en effet un personnage marqué par la solitude, la culpabilité et la difficulté à contrôler ses instincts. Comme nous l'évoquions rapidement plus haut, ce Logan version PS5 a un petit côté Snake. Je suis sans doute biaisé par les quelques clins d'œil à la licence de Konami (en particulier MGS4) dans le jeu, mais il est plus que jamais ce loup solitaire accablé par le temps et la nature humaine, qui ne peut faire autre chose que repartir au combat si le besoin se fait sentir. Le personnage reste toutefois globalement témoin actif d'une histoire qui le dépasse, sans jamais en être pleinement acteur (ce qui sera nettement moins le cas dans une potentielle suite).
Je dois également saluer le travail du studio sur le personnage de Jean Grey, qui m'aura le plus intrigué tout au long de l'aventure et dont la réécriture me questionnera le plus si une suite se profile - Je ne pourrais pas en dire autant de tous les personnages, comme Dents-de-Sabre, a la limite du simple frère d'arme frustré ; Omega-Red devenant une menace aussi secondaire qu'un Rhino ou encore Essex, sous-exploité, aux enjeux caricaturaux par rapport au personnage original, et joué par un Troy Baker qui semble être à côté de son personnage.
Le rythme du jeu contribue à ce sentiment de montagnes russes à grande vitesse, avec des événements explosifs, sans être particulièrement posé et décortiqué. Le titre est globalement et particulièrement linéaire. On aurait peut-être aimé plus de surprises de la part de ce Wolverine, mais la structure se fera rapidement comprendre. Le principal défaut de Marvel’s Wolverine vient de son manque de prise de risque. Le jeu maîtrise son rythme, son personnage et ses combats, mais reprend aussi de nombreux mécanismes déjà vus chez Insomniac. Les missions suivent souvent une structure prévisible : exploration, affrontement, séquence narrative, puis combat contre un boss. La variété est réelle, quoique limitée par un bestiaire relativement restreint, ce qui provoque une certaine répétitivité sur la durée.
Cette structure permet de maintenir un rythme relativement efficace et ne présente aucun « ventre mou ». Toutefois, elle limite la sensation de liberté et ces phases d’exploration donnent parfois l’impression d’exister uniquement pour relier deux affrontements. Le jeu dispose tout de même d'un système de traque dans lequel Logan utilise son odorat pour pister une cible. Mais le jeu ne va pas au bout de son projet et nous laisse suivre une fumée bleue sur une carte de toute façon très limitée et linéaire...
À mes yeux, c'est un véritable acte manqué, car tout était présent dans Wolverine pour permettre au joueur de varier entre véritables phases d'enquête et phases d'action explosive, à l'instar de ce que nous avons pu voir dans le récent 007 First Light, par exemple. Malheureusement, notre traqueur n'est pas spécialement mis en valeur dans le titre, qui laisse bien plus de place au combattant violent et stylisé.
Dès les premières secondes, Marvel's Wolverine annonce la couleur. Logan ne se contente pas de neutraliser ses adversaires : il les lacère, les projette contre les décors et encaisse les coups avec une rage animale. Les affrontements reposent sur un système nerveux basé sur les griffes, les parades au bon moment, les esquives et les attaques critiques. L’objectif est de maintenir la pression pour débloquer la rage de Serval, ce qui vous permettra d'appuyer sur L2+R2 pour des finitions encore plus gores.
Une approche qui correspond parfaitement à Wolverine, mais qui manque parfois de finesse lorsque les ennemis se multiplient. Le titre devient alors un joyeux bordel et, comme il n'est pas particulièrement difficile, on se retrouve rapidement à spammer le bouton carré ou triangle pour charger au maximum notre rage et ainsi exterminer tout ce qui se trouve sur notre passage.

Le plaisir de la sensation de puissance demeure. Chaque impact est lourd et chaque coup porté rappelle la sauvagerie du personnage. La régénération de Logan permet également de prendre des risques sans pour autant transformer le héros en combattant invincible, car sans un seul segment de rage, notre bon Logan finit par mourir - il fallait bien trouver une solution.
Un point sur les boss du jeu qui sont portés évidemment par leur aspect grand spectacle, mais demeurent, même pour le boss final, des adversaires peu difficiles à combattre, en raison d'une lecture des patterns assez évidente et d'un nombre de PV trop élevé, ce qui rend les affrontements un brin longuets.
Bon, le titre a tenté des phases d'infiltration, en rendant l'une d'entre elles obligatoire pendant un court moment. Mais on sent clairement que le studio n'y croyait pas vraiment et savait qu'aucun joueur ne choisirait la finesse en ayant Wolverine entre les mains ; faut pas déconner quand même.
Insomniac reprend son système de « RPG » pour nous permettre de débloquer de nouvelles capacités pour notre héros au fil de notre progression. Celles-ci sont toutefois nettement moins bien amenées que dans Spider-Man. En effet, Spidey débloquait de nouveaux gadgets qui lui permettaient d'effectuer de nouvelles attaques. Ici, Logan ne débloque que de « nouvelles » (car très connues des fans) façons de se battre, ce qui crée une nouvelle fois une forme d'illogisme quand on nous présente ce Wolverine comme un personnage ayant certes perdu la mémoire, mais qui a travaillé pendant trois ans avec la Team X.
Outre les quêtes annexes évoquées plus haut, explorer Wolverine vous donnera l'occasion de glaner deux autres types de collectibles : des ressources permettant de fabriquer de nouvelles tenues et griffes (qui augmenteront par ailleurs votre jauge de vie à mesure que vous en débloquerez de plus en plus) et des bouteilles de whisky pour notre passionné du genre. Une fois la partie terminée, vous aurez tout de même la possibilité d'augmenter la difficulté d'une cran encore, ou de lancer une nouvelle partie + pour atteindre un nouveau seuil de potentiel pour Wolvy, même si la rejouabilité du titre ne sera pas son plus gros point fort.
Sur le plan visuel, le jeu profite pleinement de la puissance de la PS5 (Pro pour nous). Les environnements sont détaillés, les animations sont particulièrement soignées et la mise en scène multiplie les moments grandioses. L'animation de nos personnages est millimétrée, tant dans les grandes réactions épiques que dans les micro-réactions lors des dialogues plus intimistes ou dans un rapide échange de regards dans le silence. Encore une fois, le titre brille par sa mise en scène cinématographique des plus grandioses, un atout que l'on ne pourra aucunement enlever au studio qui maîtrise ce sujet depuis déjà longtemps.
La violence est également très présente, avec des effets de sang (un peu baveux sur ce point) et de démembrement qui peuvent être ajustés dans les options. Les sensations haptiques et les signaux audio renforcent l’impact des combats, tandis que les nombreuses options d’accessibilité témoignent du soin apporté par le studio. Sur PS5 Pro, le titre brille de mille feux, avec un framerate constant et des effets de particules soignés.
Un souci visuel, technique ou d'intention demeure toutefois : le costume de Wolverine. De nombreux joueurs ont pu critiquer le fait que, lors du premier grand segment de gameplay dévoilé, le costume de Wolvy se régénère comme par une magie technologique signée Tony Stark. Dans les fait, nous nous retrouvons pour la majeure partie de notre exploration avec un Logan dos nu (à moins que vous n'ayez paré et esquivé toutes les attaques adverses), jusqu'à ce qu'une cutscene se lance et que tout redevienne rutilant. Une étrangeté qui n'a pas plus de sens que la première explication de l'équipe à ce sujet.
Je dois également évoquer quelques problèmes techniques rencontrés durant mon test, même si je ne doute pas de la réactivité d'Insomniac pour corriger tout cela d'ici la sortie du titre. D'abord, j'ai vécu à cinq reprises le cas de soft lock où la mission ne se réactualisait pas après un combat, m'obligeant à recharger le dernier checkpoint pour forcer le bon fonctionnement de la progression. On note des soucis audio ou le doublage passait en anglais en plein milieu d'un dialogue pour revenir en français par la suite comme si certaines lignes de doublage n'avaient pas correctement été enregistrées.

J'ai également pu constater des problèmes de physique/visuel à plusieurs reprises, comme avec ses griffes qui restaient déployées durant certains cutscenes, pour un rendu parfois... dérangeant à l'écran, ou lorsque notre bon Logan s'accroche à une corde mais que ses griffes ne touchent pas cette dernière (comme sur l'image ci-dessus).
Un point tout de même sur le doublage français de haut vol délivré ici, avec d'abord le retour de Jérémie Covillault pour Logan, qu'il connaît très bien pour l'avoir également doublé au cinéma. On retrouve des voix comme celle de Marie Bouvet (Harley Quinn dans Gotham Knights) ou Serge Biavan (voix française de Dave Bautista), pour un rendu global de très grande qualité.
Demeure un question que vous devez vous posez : qu'attendez-vous d'un jeu comme Wolverine ? Si vous cherchez une expérience cinématographique dont la priorité est le grand spectacle et non le gameplay profond, vous trouverez ici un bon défouloir pour gérer la frustration de votre rentrée. Si toutefois vous cherchez un jeu qui garde sa dimension de véritable jeu vidéo d'action, avec un minimum de challenge et de complexité dans les mécaniques de gameplay, vous risquez d'être frustré par votre achat. En dehors de cela, il reste à observer que si vous enlevez l'habillage de Wolverine à ce jeu, on se retrouve face à un jeu d'action agréable, mais sans réelle profondeur - mais si cet habillage n'existait pas justement, nul doute que le studio aurait approfondi son travail tout autrement.
Verdict
Qu’il est difficile de donner une note globale à Wolverine en prenant en compte tout type de public qui se lancera dans l’aventure. En tant que grand fan de l’univers Marvel, j’ai apprécié ces nombreuses références, même les plus niches, malheureusement mal ou insuffisamment exploitées ou approfondies, donnant au titre le sentiment d’un pot-pourri de références en tout genre, ou l’impression qu’Insomniac n’a pas eu le temps d’aller au bout de son projet, ou encore celle d’une check list qui leur a été imposée. Pour les autres, les clins d’œil seront peu ou pas assez expliqués pour être pleinement appréciés et ils se retrouveront peut-être devant une histoire trop brumeuse pour donner assez de matière à comprendre ses enjeux. Notre bon Logan est également relativement mal exploité dans ce titre qui, au final, joue la carte de la perte de mémoire pour distiller son lore sans véritable impact dans l’aventure. Reste un jeu visuellement réussi, qui sait être spectaculaire, mais qui souffre d'un bestiaire assez restreint et d'une structure trop linéaire, augmentant le sentiment de répétitivité au fil de sa courte aventure ; ce qui sera une bonne ou une mauvaise chose en fonction de vos attentes et de votre rapport entre le prix d'un jeu et sa nécessaire durée de vie. En somme, je ne parviens pas encore à comprendre à qui est destiné ce Wolverine. Car s’il plaira en partie à certains, il en frustrera d'autres, et hérissera le poil des fans qui y verront de nombreux actes manqués et un potentiel bourbier pour la suite du Marvel Gaming Universe.
Wolverine est spectaculaire mais offre un déluge de références qui risque d’en laisser certains sur le carreau - Notre Test sur PS5 Pro
