Goodbye, Lara - Critique

Dans les abysses de la romance

Série anniversaire des 15 ans du studio Kinema Citrus, Goodbye, Lara se veut être une réinterprétation moderne sur le fond comme la forme du célèbre conte de la Petite Sirène de Hans Christian Andersen. Visuellement impressionnante dès les premiers trailers en affichant une esthétique rappelant les animes de l’ère du pré-numérique, cette production ambitieuse a globalement tenu ses promesses, si on exclut une fin en demi-teinte. Sa diffusion sur Crunchyroll désormais terminée et la digestion (un peu) faite, il est temps d’en faire le bilan.

Pour rappel, Kinema Citrus est un studio avec quelques beaux projets à son actif : les adaptations de The Rising of the Shield Hero et de Made in Abyss sont certainement ses plus connus, et on peut ajouter celle de Barakamon ou la franchise Revue Starlight pour les plus niches. La tâche de célébrer cet anniversaire a été confiée à Takushi Koide, un choix logique tant cet animateur est une figure d’envergure du studio aussi bien pour le côté créatif que dans la formation des nouveaux talents.

Ce qui nous amène à Goodbye, Lara et son histoire de sirène. On retrouve les grandes lignes du roman d’origine : Lara, une princesse sirène, va braver l’interdit en explorant le monde des humains où elle vivra une histoire d’amour avant d’y connaître une fin tragique. C'est seulement l’introduction et le récit porte plutôt sur l’après. Ainsi, 200 ans plus tard, Lara renait et doit désormais accomplir sa quête initiale pour sauver sa famille et son peuple : trouver le véritable amour dans le monde des humains qui l’a rejetée par le passé.

La série se raconte tout d’abord par les rencontres faites par Lara qui vont lui permettre de mieux comprendre son nouvel environnement et ces humains qui la fascinent tant. La plus importante d’entre elles étant Mari, une lycéenne membre d’un club de boxe chez qui Lara va vivre de manière un peu inopinée. Leur relation va rapidement prendre de l’épaisseur au point de devenir une part importante du fil rouge (vous savez, cette quête du « véritable amour »). D’autres personnages vont agrémenter la découverte de Lara : une lycéenne amoureuse de son ami d’enfance, un pâtissier passionné par son travail… Puis celle de Luca, un jeune garçon adorant peindre (avec un sens esthétique…unique) et ressemblant trait pour trait à son aimant tragique d’il y a 200 ans.

À l’entame de sa seconde moitié, Goodbye, Lara bascule d’une tranche de vie avec une structure épisode à un tempo plus accéléré, voire pressé. Une sensation volontaire pour coller à un récit qui devient de plus en plus pressant avec sa protagoniste, dont on apprend davantage sur son univers, ses obligations de sirène ainsi que son entourage. Malgré une allure parfois tentaculaire, l’intrigue parvient à garder une certaine unité dans sa narration ainsi qu’une clarté pour être suivie convenablement. Elle donne les bonnes infos aux moments opportuns et ne traîne pas à dévoiler ce qui doit l’être (comme pourquoi la grande sœur de Lara semble aussi hostile à son retour sur terre). La série sait qu’elle n’a que 13 épisodes pour développer son récit et s’y tient bien, même si on aurait apprécié passer davantage de temps sur certains aspects (notamment le quotidien de Lara et Mari).

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© Kinema Citrus/Goodbye Lara PARTNERS

Autre domaine parfaitement maîtrisé : la direction artistique splendide. Elle s’inspire largement de l’esthétique des animes des années 90, avec leurs décors peints à la main (pour lesquels elle a fait appel au Studio Pablo dont c’est la spécialité) et des personnages aux traits épais. Des couleurs vives et une animation soignée en font assurément une des plus belles séries de l’année avec une identité visuelle plutôt unique pour son époque. Et d’aller jusqu’à se démener pour produire quelques cuts « comme à l’époque » sur celluloïd. Cela tient plutôt de la sympathique anecdote de production que d’un réel parti-pris technique, mais témoigne bien de l’envie d’aller chercher cette nostalgie visuelle.

Cette qualité esthétique sert une réalisation particulièrement inspirée pour raconter l’essentiel de son histoire par la force de ses visuels. On est sur une mise en scène extrêmement bavarde, ne serait-ce que par ses cadrages ou ses jeux d’éclairage. L’usage important de symboles et autres métaphores visuelles inonde chaque épisode, en particulier celle de la « lumière » de Lara, censée représenter ses propres sentiments, qui s’illustre de manière aussi bien littérale que figurative. De quoi rendre l’expérience de Goodbye, Lara particulièrement riche, tant les petits détails racontent énormément, sans être trop cryptique ou trop dense à suivre.

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© Kinema Citrus/Goodbye Lara PARTNERS

Pour bien cerner la proposition de la série, il est donc important de ne pas s’arrêter à sa première intention et de prêter attention à ce qu’elle raconte implicitement. Pour une histoire centrée sur la romance, Goodbye, Lara explore davantage l’émancipation de la quête amoureuse que l’accomplissement de celle-ci. Au fil de l’histoire, on explore la variété de ce sentiment, sa complexité et l’importance parfois étouffante qu’il peut avoir dans nos vies (comme l’associer avec l’enjeu de sauver toute sa famille et son peuple, par exemple !). Tout cela amène la série à porter sa réflexion au-delà du « Will They, won’t They ? » et à inclure des éléments, volontairement ou non, éminemment queer dans l’idée. La réticence farouche de la famille de Lara, en particulier son père, quant à son envie de trouver son amour véritable auprès des humains, en est un bon exemple.

Il est temps d’adresser l’éléphant dans la pièce, celui qui a déchaîné Internet depuis une semaine : la fin. C’est pourtant une excellente fin, apportant une conclusion très satisfaisante au personnage de Lara après tout ce qu’elle a traversé au cours du récit. Elle déçoit pourtant pour la manière particulièrement « lâche » dont elle conclut une relation brillamment construite jusque là. Mais pour étayer, il va falloir spoiler.

La suite va dévoiler le contenu de la fin, donc pour ceux ne souhaitant pas être spoilés, on se retrouve au verdict !

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© Kinema Citrus/Goodbye Lara PARTNERS

D’épisode en épisode, la relation Lara/Mari s’est dessinée de manière de plus en plus évidente comme la véritable finalité de cette histoire. Luca a servi de diversion en cours de route, mais la fin le confirme bien : cet amour véritable recherché par Lara, c’est Mari qui l’incarne. De quoi confirmer une des grandes interrogations qui ont tourmenté les fans durant la diffusion : est-ce que la série sera yuri ou non ? En réalité, la réponse était déjà donnée par le réalisateur en parallèle de l’épisode 2.

C’est d’autant plus appuyé après le climax bouleversant de l’épisode 11 (« Vous ne vivez pas pour les lois, mais pour connaître l’amour ») avant d’être définitivement confirmée par les événements de l'épisode 12. La série raconte indubitablement une romance lesbienne, c’est indéniable et statuer l’inverse reviendrait à ignorer 95 % du récit. Sauf qu’elle le fait essentiellement par métaphores et symbolismes, un usage complexe pour les relations queers régulièrement reléguées par ce biais au rang de sous-texte dans la fiction. Et c’est, en soi, ce que fait Goodbye, Lara en ne concrétisant pas sa romance durant l’anime, en laissant les relations hétérosexuelles comme les seules explicitement présentées comme romantiques.

Là est la difficile et inconfortable situation dans laquelle se trouve Goodbye, Lara. Son histoire est portée par une narration faite de symbolique et d’une mise en scène évocatrice souvent plus bavarde que les dialogues eux-mêmes. Mais elle se heurte à la réalité des relations queer dans la fiction qui peine à exister au-delà du sous-texte, quand bien même la série a tendance à brandir le sien en hurlant et en pleine face. Ce qui est la fin idéale pour ce que l’anime a entrepris depuis le début est aussi la pire fin pour beaucoup de personnes désireuses de voir les romances queers se libérer du carcan de la suggestion.

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© Kinema Citrus/Goodbye Lara PARTNERS

Verdict

Passer sa fin frustrante, Goodbye Lara reste l’un des animes les plus palpitants de l’année et une des productions originales les plus ambitieuses de cette décennie. Rarement une mise en scène a autant servi à raconter son histoire, même si cet attrait de la symbolique a desservi la série sur la fin. Cette fin, qui va demander du temps à digérer pour certains tant sa déception semble profonde (pour le rédacteur de ces lignes inclus), va certainement encore faire débattre pendant des années. En espérant que son impact, sur la perception de la série comme les communautés de fans, ne soit pas trop pessimiste, tant il ne faut pas enlever tout ce qu’elle a accompli en amont : la brillante exécution d’un récit éminemment émancipateur, désireux de sortir du moule sociétal classique dans notre rapport à l’amour et de la romance en général. La déception finale est réelle, mais la beauté du chemin qui nous y a amenés l’est encore plus, et c’est bien là l’essentiel.

Dans cet article

Critique Goodbye, Lara : Dans les abysses de la romance

8
Très bon
Ode à l'esthétique des animes des années 90, Goodbye, Lara est aussi une magnifique revisite de La Petite Sirène posant les bonnes questions au travers de ses romances. Une proposition ambitieuse et réussie qui va faire date, aussi par l'ambivalence de sa fin, sa seule faiblesse, malgré elle, après un véritable récital expressif.
Goodbye, Lara
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