Tamon's B-side - Critique
La fangirl fangirlisée.
Pour la plupart, l’anime de Tamon's B-side a tout du succès surprise de cette saison d’hiver. Et pourtant, dans les sphères de lecteurices de shojo, cette adaptation était plutôt attendue et surprend plutôt par sa qualité, ce type d’œuvre bénéficiant rarement des productions les plus affutées. Il fallait au moins ça pour mettre en lumière cette comédie romantique habile malgré une proposition difficile à exécuter (une fan hardcore qui rencontre son idole chez elle, ça a de quoi mal tourner).
Il s’agit de la première adaptation d’un manga de Yuki Shiwasu (Takane & Hana) dont la publication depuis 2021 dans le bimensuel shojo Hana to Yume connait un franc succès. À noter que le manga est disponible par chez nous via Kaze/ex-Crunchyroll Manga, sous le titre légèrement différent de Two F/aced Tamon. La production de l’anime a été confiée à J.C. Staff sous la supervision de Chika Nagaoka, une réalisatrice d’expérience pour avoir déjà dirigé plusieurs films Détective Conan et quelques épisodes spéciaux de Utano Princesama.
Côté histoire, il s’agit de suivre Utage, fan absolue de Tamon, la star montante du nouveau groupe tendance F/ACE, autour duquel toute la vie de la lycéenne semble tourner. Ceci, et son petit boulot de femme de ménage qui, oh hasard, va l’amener à avoir pour client un certain Tamon Fukuhara. La plus grande surprise étant que son idole, dont la personnalité de scène est celle d’un beau gosse charmeur et éclatant, se révèle en off être un introverti pessimiste et anxieux.
Ce contraste fait en grande partie le sel de la série, mais avant ça, une autre question se pose. Est-ce raisonnable pour Utage de fréquenter ainsi l’intimité de son favori ? Heureusement, Tamon's B-side témoigne d’une certaine lucidité à cet égard en posant rapidement des garde-fous pour que son histoire s’épanouisse sur des bases saines. Aussi fan soit Utage, elle fait preuve d’une grande retenue et fait de son mieux pour garder une distance professionnelle avec Tamon.
La chose ne dure évidemment qu’un temps, la relation évoluant rapidement vers une amitié sincère entre les deux personnages. Si le prétexte du travail est plus ou moins grossier selon les moments, il n’en reste pas moins une justification solide d’Utage qui ne cherche pas à abuser de sa position pour se rendre chez son idole. Une importance des limites à ne pas franchir dans une relation que la série va aussi aborder dans l’autre sens, nous y reviendrons.
Par la suite, la relation développée entre Tamon et Utage prend rapidement une dynamique très agréable, avec la fan devenant malgré elle la coach de la star. La jeune groupie dévoile d’ailleurs une personnalité riche et sympathique à découvrir, tantôt explosive et tantôt plus délicate. Elle va jusqu’à faire preuve d’un professionnalisme redoutable tout au long de la série, notamment pour conserver une distance qu’elle considère comme raisonnable avec Tamon.
Quant au principe du switch ON/OFF de Tamon, il ne lui est pas exclusif. La série dévoile petit à petit la face « cachée » des autres membres du groupe, jouant beaucoup sur les contrastes que cela engendre. Cela sert aussi à apporter davantage de tension à l’histoire, quitte à le faire de manière un peu artificielle par moments, même si la profondeur que cela apporte au reste des personnages est appréciable. Il y a quelques autres facilités d’écriture, comme les protagonistes qui se croisent un peu trop facilement en ville (vraisemblablement Tokyo). Ça se relève mais ça reste pas bien méchant, en plus de se justifier en partie par l’aspect comédie du titre.
Surtout qu’au travers de sa comédie idolesque, Tamon's B-side raconte de belles choses. Elle développe sur les angoisses de Tamon, entre syndrome de l’imposteur et terrible manque d’estime de soi. Ce dernier point concerne se reflète aussi à plusieurs reprises sur Utage, mais est finalement assez peu explorer, malheureusement. L’évolution de leur relation permet aussi de pointer certaines limites franchies par Tamon envers celle-ci, notamment en utilisant son persona d’idol pour l’influencer. Des excès de sa part qui ne restent pas sans conséquences et permet d’aborder les problèmes de codépendance de Tamon envers pour la bienveillance d’Utage. C’est interessant, mais là encore l’anime ne va pas assez loin, certainement limité par la partie de l’œuvre originale qu’il couvre.
Pour ce qui est de la technique, l’anime affiche une constance visuelle très appréciable, d’autant que le character design est très réussi. C’est fin, détaillé et tout de même très expressif, notamment pour illustrer les deux faces des membres de F/ACE. L’esthétique globale est rayonnante, colorée, et même s’il manque peut-être d’un petit truc « wow » pour rendre le tout vraiment mémorable, on reste sur une proposition très solide. Bon point aussi pour la CGI des séquences de concert, vraiment réussie avec des modèles 3D détaillés et des mouvements de caméra qui apportent beaucoup de dynamisme. On en vient à regretter que la série compte si peu de scènes de ce genre tellement l’exercice est maitrisé.
Verdict
Voilà une adaptation de comédie romantique shojo particulièrement solide. Tamon's B-side n’excelle pas partout – en explorant trop peu certaines portions de son histoire – mais assure suffisamment dans certains domaines pour s’assurer de marquer les mémoires. Une saison 2 ne lui ferait clairement pas du mal, ne serait-ce que pour profiter davantage de la géniale Utage et de ses déboires de fangirl un peu trop proches de ses idoles. Le concept n’était pas évident, mais la série a réussi à développer quelque chose de sain pour aborder des sujets relationnels importants. Une intelligence d’écriture réelle qui demande seulement un peu de temps pour pleinement s’épanouir, ou en tout cas plus qu’une saison de 12 épisodes. L’anime est à voir sur Crunchyroll et adapte jusqu’au ¾ du tome 7 du manga, disponible chez KAZE avec bientôt son 12ᵉ tome.
Critique Tamon's B-side : La fangirl fangirlisée
