Michael - Critique

Un spectacle d’exception, un biopic qui se rate (volontairement ?)

L’un des films les plus attendus de l’année sort ce mercredi dans les salles obscures. L’un des longs-métrages les plus complexes aussi. Parce qu’il s’agit de Michael Jackson, du King of Pop et d’une des plus grandes stars si ce n’est, pardon, la plus grande star de la chanson au monde. La pression était donc maximale sur les épaules d’Antoine Fuqua, jusque-là réputé et catégorisé dans le genre action (Equalizer, Training Day, Les Sept Mercenaires, La chute de la Maison Blanche…), en charge de la réalisation.

Mais la pression était aussi sur les épaules de la famille Jackson, productrice et partie prenante de ce biopic, au point de soulever beaucoup d’interrogations en amont de la sortie du film sur les sujets qu’aborderait ce long-métrage ou non. La famille allait-elle jouer la carte de l’authenticité jusqu’au bout ou raconter sa version des faits ? Autant le dire tout de suite et soulever un mystère qui n’en était déjà plus un depuis la prise de parole des grandes pontes de chez Lionsgate : Michael est un film pensé en deux parties.

Un film un peu trop court non ?

Autrement dit, il faudra juger chaque acte pour ce qu’il est, mais il est indéniable que tout ne sera pas raconté dans ce premier film, dont la suite dépendra de l’accueil que réservera le public à ces premières images. Vu la popularité de l’artiste, on ne se fait pas trop de bile pour la suite du projet. Il ne pouvait en être de toute façon autrement : la vie de Michael Jackson est beaucoup trop riche pour tenir en un seul film. Le montage initial de cette première partie tenait en plus de 3 heures, avant d’être ramené, à la demande d’Universal, à un format plus digeste de 2h10 pour le public. Et cela se voit, malheureusement.

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Quand on mesure la popularité du chanteur, sa capacité à traverser les générations et à les lier entre elles, et quand on se souvient que Christopher Nolan a offert plus de 3 heures d’exposition à Cillian Murphy pour narrer la vie de Robert Oppenheimer, on se demande encore franchement pourquoi Universal a choisi de charcuter autant le film. Et la question se pose d’autant plus que cette première partie va vite, très vite, trop vite même parfois, sans prendre le temps de développer des éléments pourtant primordiaux. Comme si elle n’avait pas le temps pour le faire. Et en deux heures, c’est clair que le challenge était difficile à relever.

Beaucoup de sujets soulevés, trop peu d’approfondis

Michael nous plonge dans les débuts de chanteur de la star, des Jackson Five au début de sa carrière solo, avec en fil rouge, la relation compliquée et terrible avec son père, Joe Jackson, campé par le toujours très propre Colman Domingo. Le film s’évertue dès le début à nous présenter Michael comme un élément à part de sa famille, pas vraiment connectée à celle-ci et toujours enfermé dans l’imaginaire dans lequel il s’est construit et protégé, loin de la tyrannie paternelle. « Je ne suis pas comme les autres », c’est un peu l’idée qui revient en boucle durant ce film au sujet de Michael et la portée de cette réalité aurait été encore plus authentique si le long-métrage l’appuyait vraiment.

Mais le film est victime de son rythme, parfois plus proche d’un clip géant de Michael Jackson que d’un portrait de sa vie. La relation avec son père ? Les coups de ceinture et les brimades sont là, sans la portée dramatique et émotionnelle, parfois même insérés dans une série d’images… en musique. La famille a fait le choix de ne pas trop aseptiser la tyrannie de Joe Jackson, bien que certains sévices évoqués à l’époque - on parle d'attouchements et de viols - ne sont jamais évoqués ou ne serait-ce que sous-entendu dans le film.

Des frères dociles et craintifs et finalement peu mis en avant, une mère qui n’aura jamais su protéger son plus petit et un fils brûlant de vivre sa vie mais toujours terrorisé par son père : voilà les différents combats menés durant les 2h15 de Michael avec l’émancipation finale attendue du fiston. On abordera bien son amour pour les enfants, sa proximité avec eux et sa façon de se reconnaître, préparant certainement ainsi le terrain pour la suite. Ou son immaturité profonde et assumée, à l’image de sa passion pour les animaux, au point de transformer la villa familiale en véritable zoo. Sans oublier son complexe physique au sujet de son nez ou sa maladie de peau, l’obligeant très vite à porter des gants et à surveiller son visage en permanence. Tout cela est bien abordé oui. Mais en surface, très vite, de façon subtile parfois, fugace souvent. Ce qui est dommage, forcément.

Dans les coulisses du cerveau génial de Michael Jackson

Mais c’est surtout dans l’approche même de Michael que le film ne se rate pas et c’est probablement là un des aspects les plus importants après tout. L’éveil du génie est formidable, sa façon de penser et de concevoir ses chansons aussi. Michael nous montre comment Beat It émerge de son esprit génial, comment Thriller devient plus qu’un titre de chanson pour être celui d’un album, comment le clip Bad est réalisé, comment Michael Jackson a su s’imposer comme un artiste pour tous, quand une chaîne de télévision comme MTV refusait de promouvoir un artiste noir.

On perçoit aussi l’ambition du chanteur de marquer son époque et le monde de la musique à jamais. Si visuellement on peut reprocher certains défauts à la réalisation de Fuqua - on ne distingue jamais les différents lieux et stades où l’artiste se produit ou en de rares fois en tout cas - on ne peut enlever au film sa qualité première : celle d’être un spectacle vivant, une expérience visuelle et sonore aboutie, de celle qui vous oblige à la vivre uniquement et exclusivement en salles pour en ressentir toute la quintessence.

Un show incroyable, à consommer sans modération en salles

On a beau connaître ses chansons par contre, avoir vu ses clips des milliards de fois, Michael retranscrit à la perfection la puissance de la performance de l’artiste, son goût du perfectionnisme et le show obtenu à chaque fois. Jaafar Jackson est le digne successeur de son oncle, dont il épouse parfaitement les traits, les mimiques, l’innocence, la fragilité et la naïveté, le tout à la fois. Et niveau danse, la filiation est incroyable. Le neveu redonne vie au mythe comme si ce dernier se produisait lui-même dans son œuvre autobiographique. Chaque musique jouée, chaque clip revisité sont autant de magie pour les yeux et pour les oreilles. Et Jaafar en est le garant, en crevant l’écran, seulement rattrapé par Colman Domingo au niveau du charisme et de la présence dans le film.

On ne peut pas en dire autant du reste du casting et c’est bien là une autre des limites du film : Michael éclipse tout sur son passage, alors que sa vie est jalonnée de rencontres folles. Diana Ross ? Expédiée en deux deux. Le départ de Jermaine des Jackson Five ? Évoquée au détour d’une phrase, sans développement ou presque. Quincy Jones ? Un appui pour Michael plus qu’une véritable personnalité, à la hauteur de ce qu’il est censé être. C’est finalement Miles Teller qui s’en sort le mieux : dans son rôle d’agent et associé de Michael (John Branca) ce dernier tire son épingle du jeu par une justesse remarquable et une alchimie réelle avec Jaafar Jackson à l’écran.

Verdict

On ne va pas vous le cacher : Michael est un film compliqué à juger. Si on s’en tient à sa nature initiale, celle d’un biopic, cette première partie peine à convaincre, car elle survole plus qu’elle n’aborde vraiment les grands thèmes jalonnant les débuts du King of the Pop. Et il le faut le dire aussi : après Elvis, Queen ou Amy Winehouse, on en attendait forcément plus et mieux pour Michael Jackson. En revanche, on ne peut occulter le pouvoir attractif de ce film, le show et l’expérience qu’il propose, et qui en font le principal atout surtout. Reste que l’expérience ne pourra pas se reproduire une deuxième fois, notamment dans une seconde partie à venir où les scandales et les affaires ne pourront être occultées ou balayées en une phrase ou entre deux scènes.

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Critique Michael : un spectacle d’exception oui, un biopic qui se rate (volontairement ?) aussi un peu

7
Bon
Un spectacle d’exception, et un biopic qui se rate (volontairement ?)
Michael
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