007 First Light - Critique

Le plus grand jeu James Bond de tous les temps.

James Bond fait son grand retour vidéoludique, quatorze ans après son dernier jeu, sur PC, PS5 et Xbox Series avec 007 : First Light. Un tout nouveau regard sur la franchise, qui réécrit les origines de l’agent britannique le plus célèbre de la planète. Avec beaucoup d’influence ici et là et le savoir-faire des développeurs d’Hitman. Notre premier contact avec First Light avait été très enthousiaste mais est-ce que ce dernier n’allait pas s’estomper dans le temps en jouant ?

Il nous aura fallu 22 heures pour venir à bout de l’intrigue proposée par IO Interactive. Et c’est autant de temps de spectacle que nous ont offert les papas d’Hitman. Les trois heures de notre preview à Londres il y a un mois avaient déjà donné le ton : ce nouveau 007 a pris les bases du gameplay de l’agent 47 et les a étendu et adapté à l’univers et au profil de James Bond, qui est un agent secret avant tout, et pas un assassin. Pas de déguisement - même si on le peut faire de manière ponctuelle - pas de meurtre non plus : Bond couche ses ennemis mais ne les tue pas. Sauf s’il n’a pas le choix et ce choix se détermine par son permis de tuer, uniquement disponible lorsque Bond lui-même est menacé d’une arme.

Une mécanique automatique du jeu et qui a son importance, ainsi qu’une forme de cohérence narrative : le permis de tuer n’est accordé qu’aux agents double zéro, ce que le jeune James, 26 ans, n’est pas au début du jeu. C’est d’ailleurs tout au long de ces péripéties, qui l'emmènent aux quatre coins du globe, de Londres et des locaux du MI6 à l’Antarctique, en passant par la Mauritanie, la Slovaquie, le Vietnam ou encore l’Islande, que Bond va gagner ses galons de 007.

Une intrigue ancrée dans l’actualité

C’est lors d’une mission, la première, que l’intéressé va entrer en contact avec le MI6. En reconnaissance en Islande, Bond, alors membre de la Royal Navy, se retrouve comme seul survivant d’une attaque surprise. Et comme auxiliaire sur place du MI6, qui a des « effets personnels » sur place à protéger. Le jeune militaire fait preuve de courage et son aventure dans l’espionnage mondial peut alors commencer. C’est parti pour plusieurs niveaux et chapitres, qui narrent la montée en puissance du célèbre agent de Sa Majesté.

Comme First Light réécrit les débuts du perso, IO Interactive pouvait jouer la carte de l’actualité pour son intrigue. Il est donc question d’une intelligence artificielle suffisamment puissante pour équiper et guider les missions du MI6, jusqu’à ce que ladite IA ne présente de sérieuses failles. Mais que se passe-t-il quand l’une des plus grandes agences d’espionnage du monde se fait abuser par la technologie censée l’aider ? Et à qui profite ce crime ? C’est tout une organisation qui vacille en interne, avec un agent douteux et une menace bien plus grande, représentée par un méchant on ne peut plus charismatique pour le coup, qui plane sur le monde entier. Et, on le sait, pour faire de bons films de ce genre, il faut avoir d’excellents méchants.

On a dit film ? Ce n’est pas une erreur ou une faute de frappe. First Light est dans la lignée de ces grands jeux narratifs qui ont fait foi ces dernières années, comme Uncharted ou The Last of Us, deux des exemples les plus criants en matière d’immersion, de mise en scène et de gameplay, le tout avec un résultat proche d’une œuvre cinématographique. Tout commence d’ailleurs dès l’introduction du jeu et cette première mission en Islande qui nous met dans le bain, autant sur le gameplay - du moins une partie - que sur l’ambiance, ainsi qu’avec le générique de Lana del Rey, qui nous fait basculer tout de suite dans une dimension “grand écran”. Ce n’est évident qu’un début, car le jeu s’attache et s’attelle ensuite à respecter un cahier des charges bien établi. D’abord avec les personnages.

Si Bond découvre d’autres futurs agents 00 - ceux avec qui il passera sa formation d’ailleurs - et un directeur en la personne de Greenway, il va aussi et surtout être en contact avec des noms bien connus de la licence : Q, l’inventeur geek de génie, M, la chef du MI6 stricte mais qui va vite s’attacher au caractère fougueux de Bond et Moneypenny, l’agent de liaison toujours présente pour aider le jeune 007 sur le terrain. Tous vont avoir un rôle important à jouer dans l’évolution et la construction de Bond vers son titre d’agent double zéro. Et leur présence est autant un prétexte d’immersion que de découverte pour le joueur, avec des lieux iconiques, comme le bureau de M, le labo gigantesque de Q ou encore tout simplement les locaux londoniens du MI6.

C’est en jouant et en le vivant qu’on se rend compte de la puissance de l’ensemble.

Voilà pour le lore. Pour l’immersion, 007 : First Light abat plusieurs cartes, preuve de la qualité de son jeu et de la puissance de feu dans sa manche. Autant commencer par le commencement et le plus visible et impactant d’entrée : les graphismes. Autant le dire tout de suite : c’est du grand, grand art. Le jeu est sublime en tout point. Rendu de l’eau, décors, modélisation des visages (bien que certains PNJ laissent parfois à désirer), le jeu pousse la qualité du détail loin, très loin. Les effets de lumière sont incroyables, qu’ils se produisent sur un visage, un élément du décor, le sol ou des vêtements.

Les cheveux bougent, la végétation et l’eau réagissent au vent et de façon tellement naturelle qu’on jurerait les voir s’animer et prendre vie sous nos yeux. On pourrait tartiner des lignes entières sur la qualité visuelle du titre, mais c’est en jouant et en le vivant qu’on se rend compte de la puissance de l’ensemble. Intérieur comme extérieur, qu’on soit dans l’appartement de Bond, dans une rue de Malte ou en pleine balade dans un hôtel luxueux au Vietnam, le jeu fourmille de détails - comme les prises anglaises dans les recoins du MI6, c’est pour vous dire jusqu’où ça va - à tel point qu’on peut refaire une mission plusieurs fois, on sera toujours bluffé par la qualité et le soin apporté à chaque lieu par les développeurs. La barre est haute, très haute, dans ce registre et la suite est du même acabit. Attention tout de même : si le jeu se défend très bien sur PS5, c’est véritablement sur PS5 Pro et PC (et surement Xbox Series X, une version que nous n'avons pas vu tourner) qu’il libère tout son potentiel graphique, notamment en ce qui concerne le travail et le rendu des textures (décors, visages, cheveux).

Les cinématiques sont de la même trempe. Elles sont le moment idoine pour assister à des échanges savoureux entre les personnages, faisant apprécier la qualité d’écriture des uns et des autres et la force des dialogues. Elles sont aussi le prétexte rêvé pour se rincer encore l’œil et profiter de la motion capture incroyable des différents acteurs mobilisés pour donner vie aux personnages du jeu. Et certaines d’entre elles sont dynamiques au point de finir en QTE, avec toujours le sens du spectacle. Une explication qui finit en bagarre, un parachute arraché en plein vol, une discussion à bâtons rompus entre deux personnages dont un mourant... autant de moments d’immersion importants pour l’implication du joueur que pour l’avancée de l’histoire. Le tout avec le thème original de James Bond jamais très loin dans nos oreilles. Du miel, surtout dans les moments fondateurs de la nouvelle carrière du jeune James.

À ces moments, s’ajoutent aussi d’autres séquences scénarisées, jouables dans leur intégralité et qui viennent varier l’action. Course-poursuite en voiture, piratage à distance de données, interrogatoire attaché sur une chaise, jeu d’équilibriste dans un avion, combat avec des robots de combat, poursuite en bateau : là encore, la volonté de coller à une production cinématographique est forte, puissante et immersive. Cela tombe bien car tout cela vient enrichir un gameplay qui mêle en priorité infiltration et action, sans jamais imposer ni l’un ni l’autre et en laissant une multitude de choix au joueur pour écrire sa propre histoire lors d’une mission.

On reconnaît bien là, la patte d’Hitman et ces nombreux scénarios possibles à suivre pour abattre sa cible. Ici, la cible c’est le moyen d’entrer quelque part ou d’approcher une personne et Bond doit étaler tout son savoir-faire pour y arriver. Voler, faire diversion, écouter des conversations pour apprendre des informations importantes, bluffer, voilà certaines des mécaniques à sa disposition, même si la dernière nécessité l’usage de points d’instinct, qui s’obtiennent en réalisant des actions d’infiltration. Bond ne serait pas Bond s’il n’avait pas à sa disposition une petite réserve de gadgets divers et variés. Lentilles de contact pour analyser l’environnement et afficher les points d’intérêt, une montre pour saboter et pirater tout appareil électronique, un appareil photo pour envoyer des ondes de choc, un téléphone qui envoie des fléchettes pour rendre malade sa cible… Q nous a gâté niveau armements. Evidemment, Bond a aussi droit à son arme de service, qu’il ne pourra dégainer qu’en cas de danger imminent contre sa personne. Le fameux permis de tuer.

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Créer une diversion, éliminer un ennemi, tout cela fait partie du folklore de ses missions et du pourquoi de ses gadgets, qui ne sont pas infinis. Bond doit sans cesse surveiller les ressources de ceux-ci et les recharger, en allant chiper de quoi ravitailler leurs niveaux ici et là, soit en volant un peu de composants chimiques ou de batterie via les smartphones des PNJ ou les appareils électroniques aux alentours. La méthode est un peu bizarre, elle nous avait d'ailleurs un peu rebuté lors de notre preview mais on s’y fait vite, surtout dans le cœur de l’action. Les armes, elles aussi, nécessitent un renouvellement régulier. Bond, pour répondre à la puissance de feu que lui oppose ses assaillants, est vite obligé de switcher, en ramassant les armes des ennemis abattus. Le jeu pousse le réalisme au point que les armes soient volontairement pauvres - le plus souvent - en munitions pour obliger le joueur à varier sa façon d’attaquer. En clair, foncer dans le tas et tirer à tout va est possible, à condition de bien enchaîner les changements d’armes et de gérer le système de couverture.

Comme Daniel Craig dans ses films, le jeune Bond n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis, à prendre des risques et à outrepasser les ordres

Même postulat pour les combats à mains nues. La différence ici est que les choses se compliquent très vite, dès lors que Bond est dépassé en nombre. Il faut faire preuve d’une réactivité certaine pour enchaîner les esquives et les prises sur son adversaire. Mais quand on assimile le système de combat, au rythme très proche de celui du jeu Sifu, c’est un véritable régal manette en main. On pousse un ennemi contre un élément du décor. On fracasse sa tête contre une imprimante, une table, une armoire de cave à vins, un mur. On peut l’attraper et le balancer contre un élément du décor (panneau électrique, voiture, vitrine, extincteur). Le désarmer, lui balancer une arme en pleine face, ainsi qu’un objet de bureau ou tout élément jetable à portée de main. Se ruer sur lui et enfin l’achever par un finish move pour le mettre KO, autant de possibilités offertes qui ne sont pas sans nous rappeler Sifu donc mais aussi Sleeping Dogs. Deux sacrées références en la matière tout de même pour une seule vérité : comme Daniel Craig dans ses films, le jeune Bond n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis, à prendre des risques et à outrepasser les ordres qu’on lui donne. Pas étonnant que Casino Royale ait autant servi d’inspiration au jeu. Mais Bond n’est pas qu’un cogneur. Son aspect séducteur prend forme au fur et à mesure que l’histoire avance. Évidemment, il y a des James Bond Girl. Évidemment, il y a rapprochement et jeu de séduction avec elle. Le tout avec l’humour et la classe inhérents au personnage.

Une rejouabilité certaine, avec un mode à venir à la sortie

Si le jeu a une progression linéaire, on a quand même une sensation de liberté d’action non négligeable, avec des phases en véhicule parfois plus posées - pour se rendre d’un point à un autre et faire avancer l’histoire - et parfois plus nerveuses, avec son lot d’explosions à la clé. Vingt-deux heures, c’est une bonne durée pour un jeu de ce type, d’autant que la rejouabilité est là, autant pour les amateurs de difficulté, qui testeront le mode le plus élevé, que pour ceux qui veulent accomplir les défis présents lors de chaque mission.

Dans le même ordre d’idées, First Light introduit le système TacSim, un simulateur de missions du MI6 qui nous propose de rejouer les différents niveaux du jeu, avec des conditions différentes (plus d’ennemis, moins de gadgets…). L’idée étant de tout réussir, bien sûr, pour platiner le jeu à 100 % et débloquer les différentes armes, tenues et gadgets disponibles, ainsi que leurs variantes de couleurs. L’art de la complétion, au service d’un jeu qui se rejoue véritablement très facilement, juste pour le bonheur de tenter autre chose, la fois d’après. Les combats de boss sont spectaculaires et originaux et même si le grand méchant a tendance à en faire trop, on ne peut lui enlever qu’il dégage un certain charisme.

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Verdict

James Bond est de retour, dans ce qu’il propose de meilleur, de plus abouti et de plus immersif jusqu’à présent, et le tout, sans s’appuyer sur un film déjà existant et en réécrivant son histoire et ses débuts. L’expérience visuelle est folle, techniquement le jeu est à la hauteur et le gameplay proposé est si addictif qu’on y retourne sans sourciller. Du bon, du très, très bon même. On a longtemps hésité à mettre 10 et on ne l’a pas fait. D’abord parce que l’intelligence artificielle dans le jeu souffre des mêmes maux que beaucoup d’autres jeux d’infiltration avant elle : une propension à ne pas toujours voir ce qui se passe à deux mètres d’elle et à ne pas entendre un collègue gémir de douleur, alors qu’elle réagit vraiment bien une fois qu’elle soupçonne votre présence sur les lieux. Elle ne se contente pas de vous chercher dans une zone mais n’hésite pas à aller jusqu’à vous débusquer, ce qui, évidemment, peut se révéler utile dans certains cas et complexe dans d’autres. Ensuite, le jeu n’a pas la même finition graphique selon le support. Sublime et intestable sur PC et PS5 Pro, il est un peu moins beau sur PS5 classique et demandera probablement aux joueurs de faire un choix entre Qualité et Performance. On vous rassure : le jeu reste quoi qu’il arrive magnifique mais il y a tout de même un gap entre les plateformes, avec une optimisation forcément plus poussée sur PC, à condition d’avoir la carte graphique qui va avec. Enfin, on chipotera ou pas mais on aurait aimé encore plus de phases en véhicule. Parce que conduire une Aston Martin de collection, un bateau, un camion poubelle, ou une Jaguar sur les hauteurs slovaques, ça a son charme et ce dernier opère à chaque fois. Parce qu’il faudra attendre la sortie du jeu et l’arrivée prochaine du mode Protocole Valhalla dans le simulateur, pour pouvoir conduire l’Aston Martin Valhalla, véritable bijou de voiture à la modélisation sidérante. Aston Martin au volant, Omega pour ce qui est du poignet, Bond est, comme dans les films, bien au fait des marques partenaires et super bien équipé. Et bien parti pour disputer le titre de jeu de l’année, aussi.

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007 First Light

Io Interactive 27 mai 2026
  • Plate-forme / Sujet
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Test 007 First Light : le plus grand jeu James Bond de tous les temps

9
Excellent
Le plus grand jeu James Bond de tous les temps.
007 First Light
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